Visite de Mme Hélène Conway-Mouret, Sénatrice représentant les Français de l’étranger

Hélène Conway-Mouret, Sénatrice représentant les Français de l’étranger, a effectué une visite de trois jours à Djibouti en avril 2016, dans le cadre de sa tournée en Afrique de l’Est (Ethiopie, Djibouti et Kenya).

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Discours prononcé par Mme Conway-Mouret lors de sa rencontre avec la communauté française de Djibouti

« Monsieur l’Ambassadeur, Madame,
Monsieur le Consul,
Messieurs les conseillers consulaires,
Général,
Chers compatriotes,
Chers amis,

Je suis souvent amenée à me déplacer pour rencontrer nos compatriotes là où ils vivent. Je viens vous écouter, visiter les établissements où vos enfants sont scolarisés, soutenir nos entreprises et les services de l’Etat, me rendre compte sur le terrain des difficultés auxquelles vous êtes confrontés.

Je connais vos préoccupations, légitimes, au travers des échanges nourris que j’entretiens avec vos élus et vos représentants. Mais là, ce soir, je ressens une émotion toute particulière, une responsabilité plus forte aussi qu’animent deux sentiments auxquels je suis profondément attachée : la mémoire et l’amitié.
Il serait facile, à Djibouti, où j’ai le plaisir de vous retrouver de nouveau à l’occasion de ce troisième séjour en quatre ans, d’invoquer la mémoire et les souvenirs de Rimbaud, de Monfreid ou même - pour réunir les deux - celle de Pablo Neruda impressionné, lui l’exilé des îles éoliennes et de leurs plages de sable noir, par le sable calciné de ce port de la mer Rouge et cette ville « dont les cafés s’éclairent par une lumière verticale et fantasmagorique où l’on prend le thé glacé au citron ».
Je n’ai jamais pu partager les errances, les aventures et les rêveries de ces trois voyageurs, sans doute plus sensible à l’idée que les hautes aventures, les plus intenses, sont avant tout intérieures.

Et pourtant, je sais l’importance de la mémoire dans ce lieu où je vous remercie, Monsieur l’ambassadeur, de nous réunir ce soir. La mémoire, c’est parfois de l’imagination, des souvenirs. Ce sont souvent, comme sur le dessus d’une cheminée, des bibelots qu’il sied de ne pas casser alors même qu’on ne les voit plus.

Ces bibelots, ce pourrait être :
-  la fermeture prochaine du centre médical Bouffard ;
-  ce pourrait être aussi la réduction, de Livres blancs en Livres blancs, du format des forces françaises de Djibouti (FFDJ) ;
-  ce pourrait être, plus lointains et plus proches, ces wagons rouillés à écartement étroit qui reliaient hier le territoire d’Obock à Addis-Abeba et qui n’existeront plus que dans la mémoire des plus anciens d’entre vous lorsqu’ils emprunteront un train chinois à écartement normal ;
-  ce pourrait être enfin le camp Lemonnier sur lequel flotte désormais le drapeau américain ; ou bien encore ce sentiment, dans une vie quotidienne qui vous voit aimer ce territoire, de sentir l’usage de notre langue glisser dans un avenir proche au profit d’autres, plus influentes, plus utiles, alors même qu’elle est dans le patrimoine commun qui nous unit à cette République.

Ces « bibelots », je sais, comme ministre hier et comme sénatrice des français de l’étranger aujourd’hui, l’importance qu’ils ont dans la mémoire d’une communauté à laquelle j’ai appartenu pendant 30 ans. Ils sont l’expression de notre identité, des valeurs auxquelles nous sommes attachés, de noms, de lieux, qui se confondent, ici plus qu’ailleurs avec des sacrifices et des aventures personnelles qui s’effaçaient derrière une volonté collective, celle de permettre à la France d’être présente en Mer Rouge dans une région où se fait l’histoire du monde contemporain.
A ces bibelots, que je garde, je souhaiterais cependant ajouter - comme je puis avoir sur ma cheminée quelques photos de famille ou d’autres plus formelles mais tout aussi personnelles avec François Hollande, le général Palomeros ou Michael D. Higgings, président de la république d’Irlande – quelques photos nouvelles qu’il me semble devoir poser aux côtés de ceux-là.

Certes, le consul Henri Lambert à qui nous nous devons la présence de la France dans cette région du monde est mort depuis 160 ans. Il reste que la France a su tisser des liens, construire une relation culturelle, établir une communauté d’esprit avec son ancienne colonie devenue indépendante voilà maintenant plus de 40 ans. Elle vient de réélire son président de la république, dans un climat pacifié – ainsi que s’en félicitait la commissaire aux affaires politiques de l’Union Africaine, Mme Aisha Laraba Abdulahi - avec laquelle je m’en entretenais hier à Addis-Abeba.
Cette première photo, celle d’une société stable au sein de laquelle vous vivez, me semble importante. Jean-Yves Le Drian le rappelait d’ailleurs lors de son passage ici le 27 juillet dernier : « La stabilité des pays hôtes – il pensait ici au FFDJ – est primordiale pour la France. Or Djibouti est un ilot de stabilité au cœur d’une zone agitée ».

Cette photo pourrait être sépia.

Aujourd’hui, alors que les pages de l’Histoire se tournent, que les témoins s’éteignent peu à peu, cette photo pourrait en effet être celle de la fraternité des armes dans l’épreuve. Celle de ces hommes qui se sont engagés volontaires aux côté du Général de Gaulle et ont contribué à sauver l’honneur de notre pays et que symbolise cette croix de Lorraine qui vous est familière aux abords de la BA 188.
Alors que nous commémorons le centenaire du déclenchement de la Première guerre mondiale, je souhaite plus généralement rendre aux anciens combattants de l’étranger, l’hommage qui leur est dû. Alors qu’elle regarde vers son histoire, il importe que la France n’oublie aucun de ceux qui ont versé leur sang pour elle, le devoir de mémoire s’impose à tous.

Cette photo peut aussi être en couleurs.

Celles du nouvel accord de défense qui nous lie à ce territoire depuis 2011 me semblent essentielles. Je sais l’évolution de notre présence dans ce territoire mais qui contesterait que notre présence militaire ici, renouvelée et garantit, ne possède pas un caractère singulier auquel sa position stratégique unique confère une importance essentielle ; essentielle pour la France, essentielle pour Djibouti. Cette photo, je la sais cependant tachée de rouge depuis quelles heures. Aux militaires présents ce soir, je veux leur dire combien je partage leur douleur au souvenir de nos trois soldats morts hier au Nord Mali.

La deuxième photo qu’il me semble devoir retenir est celle de ce nouveau centre médico-chirurgical qui ouvrira le mois prochain. Ouvert à la communauté française, il vous offrira - avec près de 10 millions d’euros d’investissement - je le sais, les mêmes facilités et les mêmes compétences que vous trouviez hier auprès du service de santé des armées de Bouffard. Ce lieu unique de modernité est aussi le vôtre.
La troisième photo que je désirerais ajouter sur notre cheminée commune est celle de vos élus consulaires. Celle, depuis juillet 2014 qui réunit Jean Meunier, Vincent Sadeque et Bruno Dell’Aquila.

Citoyens à part entière, il fallait améliorer votre représentation politique. Nous avons désormais, et je m’en félicite, une représentation politique complète. Douze sénateurs représentant les Français établis hors de France siègent au Sénat. Onze députés – dont Alain Marsaud – le vôtre, ont été élus, pour la première fois, en juin 2012 à l’Assemblée. L’expression de la démocratie est en effet une exigence que la République se doit de rendre effective pour chaque citoyen, qu’il demeure en France ou ailleurs dans le monde.

Je sais la difficulté de vivre à l’étranger, et votre communauté, à Djibouti, s’est légèrement réduite ces dernières années. Pour ceux qui ont fait le choix de rester, malgré les difficultés, ou qui sont revenus vivre ici, la situation peut être difficile. Je tiens à saluer leur courage et leur détermination. Je rends également hommage à l’action de notre ambassade.

Mes amis, vous êtes ici pour de multiples raisons : professionnelles ou familiales ou encore tenant aux hasards de rencontres. Je n’oublie pas les double-nationaux, Français à part entière dont le métissage est une richesse et tisse un lien profond et indéfectible entre nos deux pays.

Je m’adresse à vous pour vous exprimer toute ma reconnaissance. Etablis provisoirement ou de manière définitive, vous êtes tous des acteurs indispensables qui participent au rayonnement de la France. Et je salue à cet égard les services de l’ambassade, du consulat, les personnels de l’Institut français et de nos établissements scolaires. Mais j’adresse aussi toute ma reconnaissance aux représentants du monde économique, qu’ils œuvrent au sein de grands groupes ou des PME, et qui sont également au cœur de notre action économique à l’international.
Vous le savez, la France s’est courageusement engagée dans la voie du redressement économique. Sous l’autorité du Premier ministre, le gouvernement travaille à rééquilibrer notre balance commerciale à l’horizon 2017 en relançant nos exportations car ce sont elles qui permettront de créer des emplois en France. Nous comptons sur votre dynamisme, vos compétences et votre expertise des situations locales pour nous aider à relever ce défi majeur auquel les Français de l’étranger doivent prendre toute leur part.

Soyez assurés du soutien des services de l’Etat mobilisés par le gouvernement sur l’impulsion du Ministre des affaires étrangères qui a fait du renforcement de la diplomatie économique une de ses priorités. François Mitterrand ne déclarait-il pas en décembre 1987 lors de son voyage officiel à Djibouti : « Les entreprises françaises sont comme les autres. Mais elles doivent venir ici. Elles y trouveront un accueil exceptionnel. Elles n’agiront pas par ordre mais parce que le gouvernement djiboutien saura leur offrir les conditions dont elles ont besoin ». J’aimerais croire que ce propos est encore d’actualité.
Mes chers concitoyens, vous êtes les porte-parole de notre pays, de sa culture, de ses valeurs, de ses savoir-faire. Votre rôle est fondamental pour le rayonnement et le redressement économique dans lequel nous sommes engagés.

La dernière photo que je vous propose d’ajouter est celle que nous formons ce soir. Je ne pourrais pas, comme jean Cocteau, affirmer que « les amis, il faut les voir un par un avec l’éternité devant soit pour chacun d’entre eux ». Je le voudrais. Mais j’y préfère cette photo, colorée, riche d’une communauté diverse et solidaire autour de son ambassadeur, Cher Christophe Guilhou, de ses élus et de tous ceux qui la font vivre avec générosité et attachement. L’amitié en fin de compte c’est cela, avoir plus d’amis que l’on ne peut en imaginer et réussir à les réunir.
Je vous remercie encore pour la chaleur de votre accueil. Il ne me reste qu’à vous souhaiter beaucoup de réussite dans vos vies personnelles et professionnelles.

Je vous remercie.
Vive la république de Djibouti,
Vive la France. »

Dernière modification : 13/09/2016

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