Discours prononcé lors de la remise de Légion d’honneur à l’Adjudant-chef (ER) Houssein Karié Elmi (11/10/2015)

Messieurs les sénateurs,
Messieurs les généraux,
Officiers, sous-officiers, militaires du rang,
Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Quelle belle expression que celle de « Fraternité d’armes ». Dans sa forme ramassée, elle exprime tout : la camaraderie dans l’effort, le soutien dans les combats, la solidarité dans la souffrance, l’unité dans la Victoire. Indestructible, elle se poursuit, dans la mémoire bien au-delà des années de service.

Les maisons du combattant érigées dans de nombreux pays frères d’Afrique, comme celle de Djibouti, en témoignent. Construite en 1950, cette maison a une belle adresse. En vérité, on ne pouvait trouver mieux. Elle a été rénovée en 2008 par le 5ème RIAOM. Je salue au passage le général COMFOR des Forces françaises stationnées à Djibouti, Ce que nous voyons, est le fruit d’efforts conjugués sous la conduite de l’attaché de défense, le colonel Denis Millot, et de ses collaborateurs, avec l’appui de l’ONAC français. Je veux tous les remercier et les féliciter pour cette magnifique réalisation.

Mais cette maison n’est pas seulement un lieu convivial et récréatif, où on aime se retrouver pour évoquer le passé et le souvenir des disparus. C’est une maison de vie. Elle a un rôle administratif. L’office national des anciens combattants de Djibouti qu’elle abrite, gère administrativement 870 pensionnés, veuves et orphelins. S’y ajoute un rôle social, de surveillance médicale et d’appui paramédical. On y distribue des médicaments et des soutiens notamment alimentaires aux plus démunis. Elle héberge occasionnellement les anciens combattants ou veuves de passage à Djibouti.

Aujourd’hui, la présence d’élus du Peuple français ancre encore davantage ces liens dans nos cœurs et nos mémoires. Je salue MM. les sénateurs Duvernois et Collombat. Elle perpétue les liens profonds que l’Histoire a tissés et noués à jamais par le sang versé.

Certes, le nombre des anciens diminue au fil des années : c’est la loi naturelle. Il en reste encore deux nés en 1919 qui, avec cinq de leurs compatriotes encore vivants, ont participé à la IIème Guerre mondiale comme M. Houssein Karié Elmi.

La décoration qui vient de vous être remise, M. Houssein Karié Elmi, exprime la force de ce symbole. 1ère classe en 1944, vous débarquez à Marseille le 22 février 1945, puis vous participez aux terribles combats de Soulac Pointe de Grave du 15 au 21 avril 1945. Ces combats ont été célébrés par une émouvante cérémonie à laquelle certains d’entre vous ont participé avec une délégation du 5ème RIAOM. Avec le Bataillon Somali, vous libérez plusieurs villes de France avant de partir pour Tamatave et de rejoindre Djibouti en 1949 où vous servez pendant 20 ans dans l’armée française. Vous achevez votre carrière le 12 février 1969 avec le grade d’adjudant-chef.

Adjudant-chef Houssein Karié Elmi, vous êtes un vétéran de l’armée française. Avec tous les combattants du bataillon Somali, avec tous les soldats de l’Armée d’Afrique d’où qu’ils viennent, vous êtes un héros.

En cette année du 70ème anniversaire de la Libération, la France vous honore en vous décernant la Légion d’Honneur. Chaque fois qu’on remet une telle décoration, c’est une façon de dire à tous ceux qui se sont sacrifiés, d’où qu’ils viennent : merci.

Ayant combattu pour la liberté du monde, vous devez, vous et vos compagnons, auprès des jeunes, partager votre sagesse et leur dire que le droit de vivre en paix, la liberté et la démocratie n’ont pas de prix.

Ce sont des valeurs auxquelles la France est indéfectiblement attaché et qu’elle proclame avec force et fierté. J’ai eu maintes fois l’occasion de le dire. Pourquoi ne pas évoquer à ce propos, puisque nous sommes sur le boulevard qui porte son nom, le général de Gaulle, au tout début des mémoires de guerre, parlant de la France, : « notre pays tel qu’il est, parmi les autres tels qu’ils sont doit, sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. »

Un autre trésor est l’amitié, non pas l’amitié factice et artificielle mais ce sentiment profond qui rapproche. Ce sentiment qui fait qu’on ne triche pas, qu’on se regarde et qu’on se dit tout dans les yeux de façon sincère sans arrières pensées. L’amitié est un fil magique, quelle que soit la tension, il s’étire mais ne rompt pas. Après des divergences ou des coups de tabac, il revient invariablement à son état antérieur.

Cette maison est aussi un symbole d’amitié. Ses murs portaient des trous, on les a rebouchés, des fentes, on les a colmatées, des carreaux fendus ou cassés, on les a remplacés. On a limé, poncé les aspérités du passé. Puis on a tout recouvert d’une nouvelle peinture uniforme. Ceux qui ont connu l’état antérieur sauront encore où étaient les dommages pendant quelques temps. Mais la peinture va durcir, le temps va passer et on ne se souviendra plus où étaient, les trous, les fentes, les carreaux cassés. La nouvelle peinture deviendra le nouveau fond sur lequel s’imprimeront les marques de la vie. Cette maison est le symbole de l’amitié.

Du fond de cœur, vive l’amitié ancienne, profonde, durable entre le Peuple français et le peuple djiboutien.

Dernière modification : 20/10/2015

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