Discours à l’occasion du 96ème anniversaire de l’Armistice du 11 novembre 1918. (11/11/2014)

Discours prononcé à l’occasion du 96ème anniversaire de l’Armistice du 11 novembre 1918.

Permettez-moi d’ajouter au message du secrétaire d’État auprès du ministre de la défense, chargé des anciens combattants et de la mémoire, ces quelques mots personnels :

Malgré nos efforts, nous avons peine à imaginer l’ivresse qui s’empare des esprits et des cœurs, à la nouvelle de l’armistice, le 11 novembre 1918. Partout, la nouvelle se répand : c’est la paix. C’est la joie de la paix.

Mais la joie de la paix n’atténue en rien le chagrin et la détresse des veuves et des orphelins.

La joie de la paix ne soulage pas les souffrances de ceux qui, à jamais atteints dans leur corps, garderont vivace la morsure de la guerre. Toujours, ils revivront les tirs assourdissants de l’artillerie. Beaucoup, gueules cassées, ne reconnaîtront plus jamais leur propre visage. Estropiés, gazés, mutilés, infirmes, frappés dans leur corps ou dans leur tête, ils témoignent des atrocités vécues, que ceux de l’arrière ne pourront jamais comprendre.

La joie de la paix, les honneurs décernés aux survivants, nourrissent la mémoire de ceux qui ne reviendront pas dans leur foyer. Leurs noms sont gravés sur les monuments aux morts, pierre tombale des disparus.

La joie de la paix, est celle de l’ordre naturel des choses retrouvé : les pères n’enterreront plus leurs fils avant que vienne leur heure.

Mais la guerre a entrainé d’irréversibles et profonds changements dans la société. Aux champs, à l’atelier, à l’usine, dans les transports, le commerce et l’industrie, les femmes ont remplacé les hommes partis au front. Cette place, les femmes la conserveront.

La joie de la paix c’est donc aussi la fierté, des femmes et des hommes qui, à égalité, ont incarné la Nation en armes et participé au formidable effort de guerre qui a conduit à la Victoire. Tous, pendant ces terribles années, auraient pu s’écrier comme Georges Clémenceau, à la Chambre des députés, le 8 mars 1918 : « Politique intérieure, je fais la guerre ; politique étrangère, je fais la guerre. Je fais toujours la guerre. »

Aujourd’hui, nous célébrons les soldats morts pour la France depuis l’aube des temps. Mais le centenaire de la Première guerre mondiale apporte à cette célébration une émotion particulière. En 1914, le 11 novembre, c’est le jour ordinaire de la Saint Martin, un des jours les plus importants de l’année, le jour où on vend les récoltes, nombre de soldats devaient penser à ce jour de foire quasi rituel rythmant la vie des campagnes de France dont ils étaient issus.

Au front, ils n’étaient plus paysans, soldats de la terre, mais soldats de l’espoir avec leurs frères d’armes, soldats alliés de toutes les parties du monde, en particulier d’Afrique, avec les tirailleurs sénégalais, du bataillon somali ou de l’Oubangui-Chari. Ils étaient tous héroïques.

Comme sont héroïques, les soldats des armées de la République qui, aujourd’hui, loin du sol sacré de la Patrie, font leur devoir, au péril de leur vie, partout où ils sont engagés, ici, sur cette terre d’Afrique qui nous est si chère. Chaque Français est fier d’eux comme je le suis moi-même en ce moment. Chaque Français leur dit merci ainsi qu’à tous les anciens combattants et à tous les anciens militaires.

Le 11 novembre 1918, quatre ans de souffrances indescriptibles s’achèvent par l’armistice négocié par celui-là même que les Alliés ont reconnu comme chef unique : le maréchal Ferdinand Foch. C’est lui qui, le lendemain, adresse aux armées ce message qui scelle la fin des combats :

« OFFICIERS, SOUS-OFFICIERS, SOLDATS DES ARMÉES ALLIÉES,
APRÈS AVOIR RÉSOLUMENT ARRÊTÉ L’ENNEMI, VOUS L’AVEZ PENDANT DES MOIS, AVEC UNE FOI ET UNE ÉNERGIE INLASSABLES, ATTAQUÉ SANS RÉPIT.
VOUS AVEZ GAGNE LA PLUS GRANDE BATAILLE DE L’HISTOIRE ET SAUVÉ LA CAUSE LA PLUS SACRÉE : LA LIBERTÉ DU MONDE.
SOYEZ FIERS. D’UNE GLOIRE IMMORTELLE VOUS AVEZ PARÉ VOS DRAPEAUX. LA POSTÉRITÉ VOUS GARDE SA RECONNAISSANCE.
SIGNÉ : LE MARÉCHAL DE FRANCE, COMMANDANT EN CHEF DES ARMÉES ALLIÉES, FERDINAND FOCH. »

Cette guerre, et toutes celles qui l’ont suivie, doivent demeurer ancrées dans nos mémoires comme le souvenir de nos parents qui y ont participé. Ils nous relient individuellement à notre Histoire.

« Ce que nous avons fait, c’est plus qu’on ne pouvait demander à des hommes et nous l’avons fait ». Ces quelques mots de Maurice Genevoix auraient pu être prononcés par chaque combattant, quel que soit son camp. A eux tous, nous rendons aujourd’hui le même hommage.

Ces vers que Victor Hugo adresse, dans les Chants du crépuscule, aux combattants de la Révolution de Juillet, me paraissent appropriés en conclusion :

Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie.
Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau.
Toute gloire près d’eux passe et tombe éphémère ;
Et, comme ferait une mère,
La voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau.

Vive la République, vive la France, vive les armées alliées, vive les soldats de la Liberté.

Dernière modification : 21/06/2015

Haut de page