Discours prononcé à l’occasion de la fête nationale (14/7/2015)

Pascale et moi, avec toute la représentation de la France, vous remercions de votre présence, dans cette ambiance de place de village de France où ce soir partout on fait la fête.

La fête nationale est un moment de rassemblement, d’unité, de fusion de tout un Peuple autour de ses principes fondamentaux. Le 14 juillet, anniversaire de la prise de la Bastille et de la fête de la Fédération, que nous commémorons depuis 1880, le Peuple français se ressoude autour de ses valeurs et adresse son salut fraternel à tous les peuples, à tous ceux qui œuvrent pour la liberté, l’égalité et la fraternité, partout dans le monde, à tous les travailleurs infatigables de la paix, des droits de l’Homme et de la démocratie, à tous ceux qui souffrent de persécutions et de discriminations, à tous ceux qui souffrent pour leur idées.

Je voudrais insister cette année sur l’esprit du 14 juillet, du rassemblement, de la coopération, du partenariat, du dialogue.

Le rassemblement, qui donne la force du nombre, a été magnifiquement exprimé le 11 janvier dernier quand, dans les rues de Paris et ailleurs, ont défilé sans slogan, sans invective, tous ceux qui croient dans la liberté de la presse, la liberté d’opinion, la liberté d’expression, tous ceux qui à l’image de Voltaire et des philosophes du siècle des lumières, croient dans la raison, croient que le pluralisme des idées est le meilleur rempart de la liberté.

Ce jour-là le monde était Charlie et aujourd’hui encore : « Je suis Charlie ». J’insiste : chacun est libre d’avoir une opinion sur le contenu de ce journal, ce n’est pas ce qui est en question, ce qui l’est c’est la liberté et le pluralisme de la presse. C’est pourquoi il faut se battre pour que ce journal, comme tous les journaux, continue à paraître.

A Djibouti, le 10 janvier, de façon sobre solennelle et avec une intense émotion, nous avons observé un moment de recueillement interreligieux pour proclamer que l’appartenance à nos différentes religions n’était pas un obstacle à une coexistence harmonieuse, que nous ne tombions pas dans le piège simpliste de l’amalgame entre Islam et terrorisme, que les terroristes nous tendent pour nous dresser les uns contre les autres et faire vaciller notre société.

C’est cette idée que M. Manuel Valls exprime lorsqu’il parle de guerre de civilisations : c’est la guerre du monde des lumières contre l’obscurantisme.

J’ai confiance. Nous triompherons comme nous l’avons fait du nazisme. En ce 70ème anniversaire de la Victoire, nous savons que, quand nous sommes réunis, nous sommes plus forts.

Hier, contre l’ennemi, nous avons puisé cette force dans la fraternité d’armes des Alliés, avec les combattants de l’armée d’Afrique, notamment du bataillon de marche somali dans la poche de Royan en avril 1945, des soldats de l’Oubangui-Chari, ou dans les maquis de la Résistance.

Aujourd’hui, contre les terroristes, nous la puisons dans la coopération internationale.

J’ai encore en mémoire le remarquable éditorial de La Nation en réponse au communiqué de l’ambassade à l’occasion du 1er anniversaire de l’attentat du 24 mai 2014. Il résume l’esprit de la coopération entre la France et Djibouti. Pour aller plus loin, dans la même logique, je vous annonce que la France en liaison avec l’Union européenne et en plein accord avec le Gouvernement djiboutien, pilotera une plateforme de coordination pour le renforcement des capacités djiboutiennes dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, à partir de l’automne.

Cette action se situe dans le prolongement d’actions opérationnelles de formation des corps d’élite de la police et de la gendarmerie, dont des formateurs venus à Djibouti ces dernières semaines ont défilé ce matin sur les Champs-Elysées.

Nous savons que le terreau du fondamentalisme est la misère. C’est pourquoi le développement économique est un puissant antidote contre l’aliénation des jeunes qui vont se battre dans une chimérique guerre sainte.

La diplomatie économique française agit sans relâche, en profondeur et sans tapage comme les entreprises françaises. Qui sait que ce sont des entreprises françaises qui construisent en ce moment le centre d’interconnexion électrique de la Palmeraie, Bouygues, Alstom et Electricité de France avec des crédits de l’Union européenne ? Qui sait que CMA CGM, entreprise française, une des plus importantes du transport maritime mondial ? Je pourrais donner d’autres exemples comme encore Canal+. C’est moins spectaculaire que d’autres réalisations mais c’est une réalité.

Comme deviennent peu à peu des réalités, des orientations que je présentai l’an dernier.

La dynamisation et la diversification de l’institution des conseillers du commerce extérieur est en cours.

La coopération judiciaire renouvelée et des relations étroites avec le ministère de la justice, ouvrent la voie à une intensification de la coopération juridique avec un programme de formation des professionnels du droit qui commencera dès la fin août, et avec l’achèvement du code de commerce.

Le master de droit fonctionne. Le projet d’école commerce est entré dans sa phase d’étude. Je compte bien qu’avec la chambre de commerce nous donnions corps à cette idée que j’ai lancée lors du 40ème anniversaire de l’AFD, de créer un prix du jeune entrepreneur. Il y a aussi la formation professionnelle, la coopération universitaire, la relation enseignement-entreprise que je voudrais plus soutenue. Lors du mois de la francophonie nous avons encouragé les jeunes cinéastes et la production cinématographique djiboutienne.

Création, culture, enseignement se rejoignent dans le projet de construction d’un nouveau lycée français qui va nous mobiliser ces prochaines années avec le comité de gestion parental du lycée français de Djibouti.

Mais l’avenir prendra un autre tour avec la COP21 qui se déroulera à Paris du 30 novembre au 11 décembre. La COP21 n’est pas seulement la priorité que le Gouvernement français a assignée au réseau diplomatique français, c’est une priorité pour la planète entière. Là encore, force est au rassemblement et à la prise de conscience collective. Pour réussir, la France a voulu soutenir les efforts de ses partenaires. Expertise-France et l’AFD ont ainsi mis à la disposition du Gouvernement djiboutien, une équipe d’experts pour l’aider à élaborer sa contribution nationale. Qu’on ne s’y trompe pas, la contribution nationale de chaque pays n’est pas un travail théorique, un énième rapport qui ira dormir sur une étagère. C’est au contraire un document de référence, opérationnel qui comporte des engagements. Car il en résultera, comme de la COP21 elle-même, des règles qui s’appliqueront directement à notre vie quotidienne. A l’avenir, les projets qui feront appel aux financements des grands bailleurs de fonds, en particulier au Fonds vert que la France a alimenté d’un milliard d’euros, devront en tenir compte. Pour les pays africains ou faibles émetteurs de gaz à effet de serre, ce sera une chance d’orienter leur développement dans de nouvelles directions avec de nouveaux instruments financiers, notamment mis en œuvre par l’AFD qui vient d’être accréditée au Fonds vert.

Mais l’urgence n’est pas seulement la réduction des émissions de carbone, elle est également politique car les dérèglements climatiques seront à l’origine de migrations de populations et facteurs de crises qui s’ajouteront à celles que nous connaissons, particulièrement dans la région.

A quelques kilomètres, le Yémen est en proie aux conflits. A cette occasion je voudrais souligner l’action des FFDj et de la marine nationale dans les opérations de protection de ceux qui voulaient quitter les troubles affectant leur pays. Il aura fallu à peine quelques heures à la France pour répondre à l’appel que Djibouti lui a adressé pour la protection des boutres assurant la noria entre Mokha et Djibouti. En quelques heures les missions de L’Adroit, de l’Aconit et du Dixmude ont été reconfigurées. A tous je voudrais rendre hommage, comme à tous ceux qui ont fait fonctionner la cellule de crise de l’ambassade. Merci à tous. Je voudrais aussi saluer au passage les aspirants de la mission Jeanne d’Arc du Dixmude qui ont été confrontés aux réalités de leur métier en mer après avoir été accueillis dans les familles françaises de Djibouti que je remercie de leur mobilisation en faveur de ce retour à la tradition,

Je salue les officiers du BCR Var, actuellement dans le port et à bord duquel a été magnifiquement célébré le 75ème anniversaire de l’appel du 18 juin.

Chacun a d’ailleurs pu constater une intensification des escales de la marine nationale, avec comme illustration celle exceptionnellement longue du groupe aéronaval avec le porte-avions Charles de Gaulle dont une partie de l’équipage a défilé ce matin devant le Président de la République. Ce n’est pas pour entretenir le mythe de Djibouti chez les marins. C’est l’affirmation que si les conditions de mise en œuvre de la clause de sécurité du traité de coopération en matière de défense venaient à être remplies, il pourrait être fait appel aux forces stationnées à Djibouti et, le cas échéant, à tous les moyens militaires français. C’est un des points qui sera sans doute évoqués par M. Jean-Yves Le Drian à la fin du mois.

Il viendra redire, comme le Président de la République l’a fait lui-même lors de sa récente visite au Bénin, la solidarité de la France aux Etats africains, et le soutien aux valeurs du pluralisme et du dialogue politique, comme celui qui a abouti positivement au Bénin. Dans cet esprit, ici à Djibouti, j’ai sans relâche exhorté tous les protagonistes du dialogue politique, tous les hommes de bonne volonté, à ne jamais distendre ou couper le fil du dialogue. Si le contenu est affaire des acteurs politiques djiboutiens, les partenaires et amis de Djibouti peuvent se montrer utiles en soutenant la dynamique du dialogue. La première étape, l’accord signé le 3 décembre 2014, est une avancée capitale qui prouve le sens des responsabilités de ceux qui y ont contribué. Les fruits de ce succès doivent maintenant être concrétisés : c’est le travail, c’est le devoir, c’est l’honneur des bâtisseurs de progrès. Pour ma part j’ai confiance dans la sagesse des négociateurs. Car qu’il soit bien établi qu’il n’y aura ni gagnants, ni perdants, le seul vainqueur de cet épisode éminemment historique, sera le Peuple djiboutien.

Je voudrais en conclusion m’adresser directement à mes compatriotes. Comme je l’ai dit, le 11 janvier dernier, les Français ont montré au monde, et d’abord à eux-mêmes, qu’ils tenaient par-dessus tout à ce qui a forgé notre génie national et aux valeurs républicaines. Tout se résume dans notre attachement indéfectible à la Patrie. C’est pourquoi nous devons être fiers de notre pays, fiers d’être Français, de le montrer et de le dire, sans arrogance, mais en étant sûrs de nous-mêmes.

Aujourd’hui, il y a très exactement 100 ans, Rouget de l’Isle était inhumé aux Invalides. Retrouvons le magnifique élan imprimé par les accents de notre hymne national. Chaque fois que nous chantons La Marseillaise, nous renouvelons le pacte des Français entre eux, le pacte entre les Français et la France éternelle, venue du fonds des âges et que les siècles appellent comme disait le général de Gaulle, la France notre Patrie. Je compte sur vous pour la chanter dans cet esprit, dans quelques instants.

Dans un de ses poèmes, Paul Claudel fait dialoguer la France et le général de Gaulle. La France lui demandant ce qu’il peut lui donner, le général répond : « la volonté ».

On ne peut mieux dire, car rien ne se fait sans volonté :

La volonté de se résister comme les soldats de la France libre.

La volonté de se dépasser, comme dans les récentes négociations au sujet de la situation de la Grèce qui ont montré la force du couple franco-allemand.

La volonté d’aboutir des protagonistes du dialogue politique que je viens d’évoquer.

La volonté de réussir des entreprises.

La volonté de construire un avenir meilleur pour les plus faibles, les réfugiés et les jeunes.

Voilà, Mesdames et Messieurs, mes Chères et Chers compatriotes, ce que je voulais vous dire en ce jour si particulier pour tous ceux qui sont attachés à la liberté, dans le cadre de l’amitié chaque jour renouvelée entre Français et Djiboutiens.

Vive la France, vive la République.

Dernière modification : 15/07/2015

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