Discours à l’occasion de la fête nationale (14/07/2014)

Mesdames, Messieurs les membres du Gouvernement,
Chers collègues du corps diplomatique,
Chères et Chers Compatriotes,
Chères et Chers Amis,

Voilà bien longtemps que nous n’avions pas eu à craindre la pluie un 14 juillet.

Pour les Français, la fête nationale est un moment privilégié. Ce jour-là, nous nous rassemblons dans une même ferveur patriotique, toutes nos différences et divergences laissant la place à la fierté de vivre ensemble notre idéal républicain.

Mais le 14 juillet n’est pas le patrimoine des seuls Français. Il appartient aussi à :
- ceux qui se reconnaissent dans le message de Liberté, d’Égalité et de Fraternité,
- ceux pour qui le respect des droits de l’Homme et la démocratie sont des valeurs universelles,
- ceux qui croient au dialogue loyal et à la libre confrontation des arguments et des idées comme seul moyen légitime de régler pacifiquement les différends et de faire avancer le débat politique.

Le Président de la République, M. François Hollande, l’affirme avec force : la France ne transige pas sur les valeurs fondamentales du message qu’elle adresse au monde. Elle encourage inlassablement toute initiative de paix et de liberté. Il est bon de le rappeler en ce 14 juillet.

Comme la fête se partage, Pascale, le personnel de l’ambassade et moi-même vous remercions d’avoir répondu à notre invitation. Merci de votre amitié.

La force du lien qui unit les Français illumine les bons moments. Il y a peu, la France communiait dans le soutien de tout un Peuple à son équipe de football. L’esprit du 14 juillet soufflait. A la couleur arborée par ceux qui vous servent ce soir vous mesurez notre optimisme. J’adresse à cette occasion mes félicitations à mon collègue l’ambassadeur d’Allemagne pour la magnifique performance de ses compatriotes.

Cette force permet également de faire face au malheur. Nous savons maintenant que les Français étaient, avec d’autres, bien visés par l’attentat-suicide du 24 mai. Cet acte inqualifiable, dont nous n’oublions pas les victimes, est l’essence même du mal. On peut comprendre qu’on sacrifie sa vie pour en sauver d’autres. Mais la détruire pour volontairement frapper à mort des innocents, il n’y a pas de geste plus inhumain. La France combat avec la plus extrême vigueur le terrorisme sous toutes ses formes. Sa détermination est totale au côté des États meurtris qui, comme Djibouti, sont animés de la même pugnacité. La France et Djibouti se préparent d’ailleurs à intensifier leur coopération anti-terroriste.

Je veux encore l’affirmer en ce mois si symbolique de Ramadan : la France ne fait pas l’amalgame entre terrorisme et Islam. La France ne combat pas les musulmans, ni en République centrafricaine, ni ailleurs. En ce moment même reviennent les éléments du 5ème RIAOM engagés dans l’opération Sangaris. Chacun comprendra que Pascale et moi leur adresserons demain un salut particulier. A cet égard, grande a été notre émotion en reconnaissant des visages connus du 8ème RPIMA défilant sur les Champs-Elysées ce matin. Tous témoignent de la volonté de la France et de ses alliés africains et européens, à agir, s’il le faut, au prix du plus grand sacrifice, pour rétablir la paix et l’État de droit.

La présence de nombreux soldats en terre africaine est un effort considérable de la collectivité nationale qui nécessite une juste, efficace et permanente répartition des moyens. Selon une de mes formules favorites empruntées au Général de Gaulle : « il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités. » Or les réalités sont têtues. Elles imposent de s’adapter et d’ajuster le format de nos forces aux missions assignées par le Président de la République chef des armées, dans le respect de nos obligations internationales.

Mais à Djibouti, la présence française n’est pas seulement militaire. Elle repose sur les autres acteurs institutionnels et les femmes et les hommes qui les animent. Tous, civils et militaires, sont des fleurons de la France. A ce titre, je n’oublie pas ceux qui, à la suite de plusieurs générations ou arrivés depuis peu, vivent parmi le Peuple djiboutien. Je côtoie depuis longtemps, à des titres divers, les Français qui ont choisi de fixer leurs racines hors de France. Je suis toujours autant admiratif de leur énergie, de leur dynamisme, de leur esprit d’entreprendre et j’ajouterais de leur courage et de leur sang-froid quand plane la menace du terrorisme ou de la guerre. Je leur rends hommage à travers tous ceux qui sont ici ce soir et leurs conseillers consulaires nouvellement élus.

Je l’ai déjà dit. Je souhaite agir pour qu’un plus grand nombre d’entreprises françaises investissent à Djibouti, participent à son développement, contribuent à sa croissance et améliorent les conditions de vie des Djiboutiens en favorisant l’emploi et la formation professionnelle. C’est une priorité. Je le dis avec conviction à l’adresse de ceux qui pourraient en douter :
Non, les entreprises françaises ne sont pas léthargiques.
Non, les entreprises françaises ne sont pas frileuses.
Non, les entreprises françaises n’ont pas peur de prendre des risques.

Djibouti les intéresse comme elles l’ont montré lors d’un récent forum à Paris le 12 juin dernier. Elles croient dans le développement économique de Djibouti mais ont besoin de bons signaux et de confiance. Elles vont évidemment se porter candidates pour réaliser les projets financés dans le cadre du XIème FED. Je souligne à cet égard l’effort sans précédent de l’Union européenne qui consacre 105 millions d’euros au développement de Djibouti pour la période 2014-2020. C’est-à-dire plus du double de la période précédente. La part de la France dans cette aide est considérable. Je le souligne car je trouve qu’on ne parle pas assez des États membres quand on évoque l’Union européenne et, en particulier la France et l’Allemagne, les deux seuls représentés par un ambassadeur résident, marqueur de l’intérêt qu’ils apportent à leurs relations avec Djibouti.

Moins de trois mois après mon arrivée, j’ai voulu envoyer un signal clair :
- réorienter, dès cette année, notre coopération universitaire vers les besoins prévisibles des entreprises ;
- créer un master 1 de droit à l’Université de Djibouti, préfiguration d’une intensification de la coopération en matière juridique.
Nous voulons être davantage présents dans les formations qualifiantes de haut niveau notamment d’ingénieurs, être davantage présents dans les industries des nouvelles technologies de l’information, les télécommunications, la production d’énergie renouvelable, la protection de l’environnement et le développement durable…

Je veux donner l’image d’une France innovante, dynamique, compétitive et réaliste. Bref, selon un slogan en vogue chez Renault dont je vous invite à voir les nouveautés exposées : la French touch, pardon, la touche française change de rythme.

Il y a aussi, le poids de l’Histoire. Ce matin, sur les Champs Élysées, avec des jeunes de 79 autres pays, quatre jeunes Djiboutiens ont rendu hommage aux victimes de la Grande guerre, ces morts au combat qui dorment pour l’éternité des plaines du nord de la France et de Belgique, dans ces nécropoles où Pascale et moi nous sommes souvent recueillis. Ils venaient de partout, de leur terre lointaine, notamment d’Afrique. Souvenons-nous d’eux comme de tous ceux qui, depuis, sont tombés au champ d’honneur, notamment dans nos familles. Nous leur rendrons un hommage particulier le 11 novembre prochain. Car cet automne, la France célèbrera à Djibouti le centenaire de la Grande Guerre et la fraternité d’armes avec les fils de la terre africaine et en particulier avec le bataillon Somali, par un programme de nombreuses manifestations culturelles. Ce programme est à votre disposition dès ce soir. Dans quelques semaines, à l’invitation de M. François Hollande, le Président Ismaël Omar Guelleh se rendra en France pour l’anniversaire du débarquement en Provence pour célébrer la continuité de cette fraternité d’armes.

Cette fraternité d’armes témoigne aussi d’une communauté culturelle et du lien étroit qui nous unit dans l’espace francophone. Un lieu commun éculé proclame que le français serait en perte de vitesse. C’est oublier que le français n’est pas seulement une langue. C’est aussi une culture. C’est un mode de pensée si bien ancré dans l’esprit des francophones qu’ils le pratiquent sans s’en rendre compte même lorsqu’ils parlent une autre langue qui, quelle qu’elle soit, ne parviendra jamais à exprimer la même richesse de nuances.

L’Histoire, la culture, la langue, le mode de pensée sont autant d’éléments partagés qui font que Djiboutiens et Français se comprennent plus que tous autres.

Vous avez remarqué que je ne me suis pas abandonné au classique et parfois assommant catalogue des réalisations de l’année. C’est tout simplement, comme je l’ai fait lors de la remise de mes lettres de créance, parce que les relations entre la France et Djibouti n’ont pas besoin d’être illustrées par une d’une litanie de projets ou un chapelet d’adjectifs. C’est une relation naturelle qui regarde vers l’avenir avec la franchise que permet, qu’autorise, que justifie la proximité.

Cette relation naturelle est d’autant plus étroite qu’elle se construit dans la vie quotidienne, c’est-à-dire dans la vraie vie. Français et Djiboutiens vivent ensemble depuis longtemps dans une amitié qui n’est pas feinte et cela durera, durera encore et encore…

Mes Chers Compatriotes, pour vous le mot de la fin en revenant sur la signification du 14 juillet. Soyons fiers de notre pays, de la Patrie de nos Pères, encore davantage en cette année du centenaire, ils faisaient la guerre mais espéraient. Comme l’a dit le Président de la République, « ayons confiance en nous, disons du bien de notre pays. »

Vive l’amitié entre le Peuple français et le Peuple djiboutien.
Vive l’amitié entre Djibouti et la France.

En ce jour de fête nationale, avec vous mes Chers Compatriotes, vive la République, vive la France.

Dernière modification : 20/05/2015

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