Discours à l’occasion du 40ème anniversaire de l’Agence française de Djibouti, Hôtel Kempinski (17/11/2014).

Un connaisseur aujourd’hui disparu, du continent africain, dont je vous laisse deviner le nom, disait qu’en Afrique ce ne sont pas les institutions qui comptent mais les hommes.

Cependant il n’y a pas non plus d’institutions sans hommes ou femmes pour les animer. C’est pourquoi je salue ici tous ceux et toutes celles qui, dans le cadre de la représentation de la France, ont travaillé au développement de ce pays et ont, au fil du temps, façonné cette remarquable institution qu’est l’Agence française de développement à Djibouti.

Puisque nous sommes dans les rappels historiques, comment ne pas mentionner au passage que l’Agence française de développement d’aujourd’hui est l’héritière de la Caisse centrale de la France libre créée en 1941 par le général de Gaulle ? Comment ne pas souligner que c’est M. Pierre Mendès France qui a fait d’un organisme né des nécessités de la guerre, l’instrument du financement du développement économique et social de l’outre-mer, un espace considérable puisqu’il comprend alors les immenses territoires sur lesquels flottent nos couleurs. Ainsi, le 2 février 1944, la Caisse centrale de la France libre devient la Caisse centrale de la France d’outre-mer. A ce titre, dans son rôle de facteur de développement, elle fête en 2014 son 70ème anniversaire.

Mon propos n’est pas de me livrer à une rétrospective mais de partager avec vous quelques réflexions notamment dans la perspective des tables rondes qui auront lieu ces prochains jours.

L’Agence française de développement est un des principaux opérateurs chargés de mettre en œuvre la politique de développement et de solidarité internationale de la France. Cette politique a désormais un support législatif qui en fixe les objectifs. Je retiens de la loi (n°2014-773) du 7 juillet 2014 et du rapport très complet qui lui est annexé, une définition qui, non seulement, me paraît synthétiser la pensée du législateur, mais aussi, correspond parfaitement à ma conception du développement. Je vous la livre :

« La politique de développement et de solidarité internationale de la France a pour ambition une mondialisation mieux maîtrisée et porteuse de valeurs humanistes. Sa vocation première, (est de) lutter contre la pauvreté et les inégalités pour aider le sixième de l’humanité, dont une majorité de femmes, qui vit encore dans l’extrême pauvreté, à en sortir et éviter que ceux qui en sont sortis y tombent à nouveau (est réaffirmée). » On ne peut mieux dire.

Toutefois, la solidarité internationale ne se limite pas à une définition juridique abstraite. Elle ne vaut que si elle a une traduction concrète dans la vie quotidienne et participe effectivement à l’amélioration des conditions d’existence des femmes, des hommes et des enfants plongés dans la détresse de la pauvreté. C’est tout ce qui importe en définitive. Or le temps presse. Car la croissance démographique des pays qui ont besoin de cette aide nous transporte dans la réalité la plus crue, à Djibouti comme dans tout le continent africain, en aggravant les besoins ou en en faisant apparaître de nouveaux. C’est pourquoi, l’AFD privilégie les domaines de l’éducation, de la santé, de l’environnement et du cadre de vie, en particulier urbain, et le soutien aux entreprises.

Je voudrais m’attarder sur ce dernier point. Cohérent avec moi-même, je ne ferais que poursuivre une idée que j’ai évoquée dès mon arrivée, dans mon discours du 14 juillet dernier.

On peut se féliciter des taux de croissance enregistrés en Afrique ces dernières années. Ils font certes pâlir d’envie les économies occidentales et leurs dirigeants politiques. Mais un taux de croissance n’est un bon indicateur que s’il est le signe d’une dynamique de création d’emplois.

La création de richesses doit être partagée. Elle doit participer à la résorption du chômage dont les premières victimes sont les jeunes. C’est parmi eux que les dégâts sont les plus graves parce que le chômage est facteur de démotivation, de défiance à l’égard des aînés et bien souvent de désespoir.

Or les préadolescents et adolescents d’aujourd’hui sont les adultes de demain. Ils auront très bientôt besoin de formation professionnelle, de logement, de structures médicales, d’équipements publics, d’écoles, ils fonderont un foyer à leur tour, bref la vie va les emporter dans son tourbillon. Les créances de cette population que nous avons, là, sous nos yeux, à l’égard de l’État et du secteur économique en général ne feront que croître. Ils nous demanderont des comptes et auront raison. Il faut agir vite. Mais rien ne pourra se faire sans les entreprises et le secteur privé.

Je sais les Djiboutiens très au fait de la vie politique française aussi je vous encourage à lire le discours de M. Manuel Valls à l’université d’été du MEDEF, le 27 août dernier : il fixe la doctrine du Gouvernement français à l’égard de l’entreprise. Je paraphrase volontiers le Premier ministre lorsqu’il a dit qu’il aime l’entreprise. Comme lui, je veux exprimer ma foi dans l’initiative privée, la prise de risque, l’énergie, le sens de l’innovation et le dynamisme des entrepreneurs.

Creuset où se distille l’alchimie de la création d’emplois et de richesses, l’entreprise sera au cœur des réflexions des deux tables rondes qui se tiendront demain et après-demain. Elles seront animées par d’éminentes personnalités et techniciens que je remercie d’avoir répondu positivement à notre invitation.

Mais pour qu’elle puisse s’opérer, cette alchimie a besoin d’un climat favorable et de facteurs juridique, administratif, fiscal et financier de compétitivité afin que l’entreprise s’épanouisse et avec elle ceux qui travaillent en son sein : l’une et les autres ne sont pas séparables.

Mais il faut aussi deux éléments : un marché, véritable terreau dans lequel l’entreprise plonge ses racines et un environnement général de confiance.

Ne nous y trompons pas. Le contexte politique général participe de cette confiance pour une très large part, une part déterminante même. C’est pourquoi, la France encourage vivement tous les efforts entrepris pour la poursuite du dialogue politique entre le Gouvernement et l’opposition en vue de parvenir à une issue positive profitable à tous, et en définitive au Peuple djiboutien. C’est un résultat gagnant-gagnant. Un accord à quelques jours du sommet de l’organisation internationale de la francophonie qui aura lieu à Dakar dans quelques jours aurait pour Djibouti et les artisans de paix et de dialogue, une force symbolique qui ne passerait pas inaperçue. Puissant facteur d’attractivité, un tel accord serait porteur d’un avenir économique et social prometteur.

Comme l’avenir ce sont les jeunes, je souhaite mettre l’accent sur le soutien aux jeunes entrepreneurs djiboutiens. Je vous annonce donc la création d’un prix de entreprenariat destiné à distinguer, chaque année, un ou plusieurs jeunes entrepreneurs. Le tour de table au sujet de ce projet n’est pas encore tout à fait terminé mais déjà des partenaires, et non des moindres, ce sont montrés intéressés : la Chambre de commerce, la Banque pour le commerce et l’industrie mer rouge (BCIMR), la Bank of Africa et l’Agence française de développement. Je les remercie vivement de porter ensemble ce projet mobilisateur. D’autres parrains viendront, j’en suis persuadé, s’ajouter à cette liste prestigieuse. Il y a de la place.

Le projet a encore besoin de mûrir mais je souhaite vivement qu’il prenne corps afin de pouvoir féliciter, l’année prochaine, à pareille époque, les premiers lauréats. L’objectif de cette distinction est de stimuler les jeunes créateurs d’entreprise à la recherche de soutien et d’accompagnement dans leur expansion.

Je souhaite, qu’entre autres critères, ce prix tienne compte de la dimension environnementale des projets qui concourront.

C’est le point que j’évoquerai en conclusion. Le développement ne doit pas sacrifier l’avenir. On n’a pas le droit de porter atteinte au cadre de vie de nos enfants sous prétexte de favoriser le développement d’aujourd’hui. Aucun projet, je dis bien aucun projet, ne peut être mis en œuvre s’il porte durablement ou a fortiori irrémédiablement à ce qui constituera l’héritage des générations futures. Ce n’est pas un choix. C’est un devoir et une responsabilité.

La lutte contre les effets du changement climatique à laquelle sera consacrée une conférence mondiale, l’année prochaine, à Paris, est capitale. Des orientations décisives devront impérativement y être arrêtées comme le dit inlassablement M. Nicolas Hulot, envoyé spécial du Président de la République pour la protection de la planète. Il faut l’écouter.

C’est pourquoi, je souhaite susciter une réflexion et lancer des actions de sensibilisation à ces problématiques dans la société civile et en particulier chez les jeunes jusqu’à la tenue de la conférence.

Vous l’avez constaté, tout mon propos placé sous le signe de la préoccupation de l’avenir.

J’ai conscience que bien des défis devront être relevés. Il faudra de la force, de l’énergie, du courage et de l’imagination.

Mais nous pouvons nous inspirer d’exemples : tous ceux qui ont construit l’Agence française de développement à Djibouti depuis 40 ans, nous ont montré la voie : car chaque projet d’aujourd’hui est porteur des espoirs de demain.

Excellent anniversaire à l’Agence française de développement de Djibouti.

Dernière modification : 20/05/2015

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