Discours à l’occasion du 74ème anniversaire de l’appel du 18 juin 1940 (18/06/2014).

Le soir du 18 juin 1940, sur les ondes de la radio de Londres une voix inconnue du plus grand nombre retentit. Elle condamne ceux qui admettent le déshonneur de l’armistice. Elle flétrit la résignation et l’abattement. Elle incite au sursaut, à l’énergie et au courage. Elle exhorte chaque Français à combattre pour la Patrie.
Cette voix dit non car elle a la conviction que la France dispose, hors d’Europe, des ressources nécessaires pour faire face. Rebelle est celui qui s’exprime. Il sera condamné à mort pour ce geste. La légitimité de son action est encore discutable. Il faudra la conforter, jour après jour, tant auprès des alliés, qu’auprès des forces intérieures. Mais elle s’imposera et sera confirmée de façon éclatante par le Peuple de Paris libéré. Pour l’heure, il est seul ou presque. Son appel n’est entendu que par une poignée d’intrépides ou d’inconscients. Mais ce petit nombre sera la France libre et combattante.
Le 18 juin 1940 est un acte fondateur pour la France et pour la République. Il illustre l’esprit français dans toute son essence pour qui rien de ce qui est supposé impossible n’est irréalisable. Il témoigne aussi d’une extraordinaire force de caractère, celle que le colonel de Gaulle décrivait en 1932 dans le Fil de l’épée : « Que les événements deviennent graves, le péril pressant, que le salut commun exige tout à coup l’initiative, le goût du risque, la solidité, aussitôt change la perspective et la justice se fait jour. Une sorte de lame de fond pousse au premier plan l’homme de caractère. »
Il n’existe aucun enregistrement de l’appel du 18 juin. Je vous invite donc à entendre la voix du général de Gaulle dans le message qu’il prononce le 22 juin 1940 dans les mêmes conditions.

« Le gouvernement français, après avoir demandé l’armistice, connaît, maintenant, les conditions dictées par l’ennemi.
Il résulte de ces conditions que les forces françaises de terre, de mer et de l’air seraient entièrement démobilisées, que nos armes seraient livrées, que le territoire français serait totalement occupé et que le gouvernement français tomberait sous la dépendance de l’Allemagne et de l’Italie. On peut donc dire que cet armistice serait non seulement une capitulation mais encore un asservissement.
Or, beaucoup de Français n’acceptent pas la capitulation ni la servitude pour des raisons qui s’appellent l’honneur, le bon sens, l’intérêt supérieur de la patrie.
Je dis l’honneur, car la France s’est engagée à ne déposer les armes que d’accord avec ses alliés.
Tant que ses alliés continuent la guerre, son gouvernement n’a pas le droit de se rendre à l’ennemi. Le gouvernement polonais, le gouvernement norvégien, le gouvernement hollandais, le gouvernement belge, le gouvernement luxembourgeois, quoique chassés de leur territoire, ont compris ainsi leur devoir.
Je dis le bon sens, car il est absurde de considérer la lutte comme perdue.
Oui, nous avons subi une grande défaite. Un système militaire mauvais, les fautes commises dans la conduite des opérations, l’esprit d’abandon du gouvernement pendant ces derniers combats nous ont fait perdre la bataille de France. Mais il nous reste un vaste empire, une flotte intacte, beaucoup d’or. Il nous reste des alliés dont les ressources sont immenses, et qui dominent les mers. Il nous reste les gigantesques possibilités de l’industrie américaine.
Les mêmes conditions de la guerre qui nous ont fait battre par cinq mille avions et six mille chars peuvent nous donner, demain, la victoire par vingt mille chars et vingt mille avions.
Je dis l’intérêt supérieur de la patrie car cette guerre n’est pas une guerre franco-allemande, qu’une bataille puisse décider. Cette guerre est une guerre mondiale. Nul ne peut prévoir si les peuples qui sont neutres, aujourd’hui, le resteront demain. Même les alliés de l’Allemagne resteront-ils toujours ses alliés ? Si les forces de la liberté triomphent finalement de celles de la servitude, quel serait le destin d’une France qui se serait soumise à l’ennemi ?
L’honneur, le bon sens, l’intérêt supérieur de la patrie commandent à tous les Français libres de continuer le combat là où ils seront et comme ils pourront.
Il est, par conséquent, nécessaire de grouper partout où cela se peut une force française aussi grande que possible. Tout ce qui peut être réuni en fait d’éléments militaires français et de capacité française de production d’armement doit être organisé partout où il y en a.
Moi, général De Gaulle, j’entreprends ici, en Angleterre, cette tâche nationale. J’invite tous les militaires français des armées de terre, de mer et de l’air, j’invite les ingénieurs et les ouvriers français spécialistes de l’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui pourraient y parvenir, à se réunir à moi. J’invite les chefs, les soldats, les marins, les aviateurs des forces françaises de terre, de mer, de l’air, où qu’ils se trouvent actuellement, à se mettre en rapport avec moi. J’invite tous les Français qui veulent rester libres à m’écouter et à me suivre.
Vive la France libre dans l’honneur et dans l’indépendance ! »

Je conclurais comme Général de Gaulle lui-même : « vive la France dans l’honneur et dans l’indépendance ».

Dernière modification : 21/06/2015

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