Discours à l’occasion du vernissage de l’exposition "Hub à la croisée des pistes", œuvres de Mmes Valérie Lande et Béatrice Le Moal, à l’Institut français (12/05/2015)

Il y a bien des années, alors élève fonctionnaire, nous devions présenter à tour de rôle, en cours d’économie, un exposé sur un thème laissé à notre appréciation. J’avais choisi les déchets.

Regards amusés et goguenards de mes condisciples, me taxant d’avoir développé un sujet futile uniquement par provocation. C’était il y a 34 ans. En fait, j’étais persuadé que cette question présenterait un intérêt majeur à terme. Avais-je tort ?

Aujourd’hui les choses sont différentes. Nous nous surprenons à observer une réelle discipline en matière de déchets. Nous sommes passés d’une logique de stockage inerte ou de destructions, à celle de la valorisation dans le cadre d’une approche plus respectueuse de l’environnement et du cadre de vie et de la valorisation des rebuts de la consommation comme source de richesses.

Forme la plus achevée de cette logique nouvelle : le déchet est devenu matériau de base de l’artiste ou comment donner une valeur esthétique à ce qui est devenu inutile, comment trouver de la beauté dans ce qu’on rejette et lui donner une nouvelle vie.

Les œuvres que nous présentent ce soir Mesdames Valérie LANDE et Béatrice LE MOAL dans la lignée de certaines œuvres de Salvador Dali, résultent d’un processus de maturation.

A partir de techniques multiples, classiques comme la gravure, étonnantes comme l’ensalement, elles montrent que l’art peut résider dans la moindre parcelle de l’univers même la plus vile quand on sait la présenter sous un angle qui la mette en valeur, que l’artiste est un magicien qui sait révéler et faire apprécier les ressources cachées de la matière.

C’est en ce sens que cette exposition s’intègre dans la programmation de la COP21. A l’avenir nous devrons encore davantage valoriser les ressources disponibles, les économiser et les employer et réemployer au mieux. Les changements climatiques ne sont pas abstraits, ils transformeront notre mode de vie et nos habitudes de consommation. Bref, ils viendront modifier le destin de l’homme et marqueront une certaine étape de son histoire. C’est en cela que nous sommes tous concernés.

Ramenée aux proportions de l’homme, cette histoire caractérise ces déchets transformés en œuvre d’art, car ils sont le produit ou le témoignage de l’étape d’une vie particulière.

Traces d’usure, de transformation, de décoration, ou de réparation, sont uniques et sont autant de marques de celui qui les a faites, de sa personnalité, de ses goûts, de son mode de vie, de son parcours au sens littéral et abstrait du terme.

C’est cette invitation au voyage dans le passé et l’avenir des objets que nos deux artistes nous adressent et que je vous propose de les suivre à l’occasion de cette exposition, dans le cadre de l’Institut Français de Djibouti que je félicite de cette initiative.

Dernière modification : 20/05/2015

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