Discours à l’occasion de la journée internationale de la Francophonie, Université de Djibouti (21/03/2015)

Monsieur le président de l’Université,
Monsieur le directeur des relations multilatérales, correspondant de la francophonie pour Djibouti,
Mesdames,
Messieurs,
Voilà bien longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de m’adresser à un aussi bel amphithéâtre. C’est un grand plaisir de me trouver parmi vous aujourd’hui. Car me référant aux grands thèmes du sommet de la francophonie de Dakar qui a mis en exergue les femmes et la jeunesse, on ne pouvait trouver lieu plus approprié que l’Université de Djibouti pour cette journée. Merci, Monsieur le président de votre accueil, merci à vous tous. Mais comme la journée de la femme qui ne doit pas durer qu’un seul jour, la journée de la francophonie, c’est 365 jours par an.
J’adhère totalement à tout ce que vient de dire Monsieur le directeur des relations multilatérales en particulier sur les enjeux de la COP 21 qui se tiendra en fin d’année à Paris. C’est la priorité de l’agenda international cette année car les décisions qui y seront prises sont essentielles, vitales, pour la planète.
Je voudrais féliciter tous ceux qui sont intervenus tout à l’heure, pour leurs chansons, leurs poésies, leur talent théâtral. Je crois qu’ils ont parfaitement résumé ce qu’était l’avenir à plusieurs voix. L’avenir, c’est tout ce qu’ils ont proclamés. En les écoutant et en les regardant, m’est revenue à l’esprit cette phrase de Saint-Exupery qui s’applique parfaitement à ce qu’ils ont dit : « Fais de ta vie un rêve, et de ce rêve une réalité. »
Une langue peut être un simple outil de communication, pour se faire comprendre sans aller au fond des choses. C’est aussi un instrument au service du raisonnement, de l’expression la plus exacte de la nuance et de la finesse de la pensée. Le Français a cette vertu. C’est pourquoi, dans la vie diplomatique, la version française d’un texte est souvent prise pour référence en raison de sa précision.
Il ne s’agit donc pas seulement de considérer notre langue comme le patrimoine de quelques-uns, le français appartient à tous ceux qui le parlent. C’est la langue de tous ceux qui, sur tous les continents, l’utilisent. A ce titre, tous peuvent lui donner les intonations de leur accent, la déformer par l’usage ou adapter son sens de ces mots. C’est précisément sur ce point que nous avons travaillé cette année. Me souvenant du français que l’on parlait en Belgique, j’ai voulu relancer le projet d’un lexique du français parlé à Djibouti qui vient de vous être présenté. Parmi les Djiboutiens, les puristes, je le sais, ont déjà protesté. Mais il faut se rendre à l’évidence : nous-mêmes, quand nous parlons, commettons des erreurs de langage qui passent ensuite dans l’usage. C’est ainsi qu’une langue vit en s’enrichissant d’apports extérieurs même si c’est très agaçant : initier, finaliser, engendrer, générer et bien d’autres mots voient leur sens évoluer pas toujours de façon heureuse mais c’est la vie d’une langue.
M. Jacques Attali a signé l’année dernière un rapport dont je vous recommande la lecture et auquel toutes les ambassades ont contribué. Il énonce les menaces sans complaisances mais donnent également des signes positifs. Ces signes positifs, nous les décelons dans la vivacité de la production francophone pendant ce mois de la francophonie. En effet, l’Institut français a célébré la langue française pendant tout le mois de mars avec chaque jour une ou plusieurs manifestations. Chaque jour a donc été une occasion de célébrer notre langue à travers le cinéma, avec les courts métrages du festival « Djibouti fait son cinéma » organisé avec l’association Science et culture, que nous venons de voir, à travers des échanges avec des écrivains francophones comme Eugène Ebodé, Florent Couao-Zotti et Yamen Manaï venus respectivement du Cameroun, du Bénin et de Tunisie. A Yamen Manaï, je voudrais exprimer ma totale solidarité avec le Peuple tunisien qui vient d’être éprouvé par un acte terroriste abominable. Nous avons soutenu les cinéastes qui ont réalisé ces courts métrages. Peut-être seraient-vous intéressés à écrire des scenario, scenarios ou scenarii ?, pour produire d’autres films qui pourraient par la suite, s’ils sont sélectionnés, participer aux compétitions et festivals internationaux, faire rayonner Djibouti dans le domaine cinématographique.
Notre langue est celle de la vie, de l’avenir, « de l’avenir en Français », thème que nous avons choisi et qui s’adresse directement à vous les jeunes. A travers ces quelques mots, nous avons voulu exprimer que nous ne sommes pas dans une réserve indienne, un zoo, une vitrine de musée ou un bocal de formol. Nous sommes des militants. Nous ne sommes pas confits dans une vision passéiste mais déterminer à travailler pour l’avenir.
Le français est vivace dans le monde d’aujourd’hui à travers les nouvelles technologies et les techniques de communication. Envoyer un message électronique, même court en veillant à la syntaxe, aux accents, à la ponctuation, c’est respecter son correspondant. Il nous faut nous élever en pratiquant une belle langue, une langue correcte en enrichissant notre vocabulaire. Considérons autour de nous les langues qui perdent leur âme en se transformant, en se simplifiant de façon telle qu’elles en perdent leur mélodie et leur sens profond. Le français n’est pas un frein à la modernité bien au contraire. Savez-vous que le Français est en progression dans de nombreux pays, il est en progression aux États-Unis d’Amérique, parce qu’il est la langue à la mode, la langue de la mode, la langue de la différence. Nous voulons tous être différents.
C’est cette différence que nous revendiquons, cette caractéristique des pays francophones qui grâce à leurs liens culturels peuvent construire des coopérations fructueuses pour promouvoir et défendre les libertés fondamentales, les droits de l’Homme, la démocratie et lutter contre la pauvreté et le terrorisme.
D’ailleurs le groupe des pays francophones aura un rôle particulièrement important à jouer dans la préparation de la conférence de Paris sur le climat et dans la prise des décisions capitales pour l’avenir de la planète.
Un mot enfin. Parler c’est s’exprimer donc échanger des idées. Bâillonner un être, l’empêcher de parler avec les autres, le mettre au secret c’est insupportable. L’empêcher de s’adresser aux autres c’est une atteinte à sa liberté d’expression.
Mesdames et Messieurs, soyez heureux et fiers de parler une aussi belle langue. Cette langue, c’est la vôtre. C’est votre identité, c’est votre différence. Dans un monde où tout se banalise, l’avenir est à ceux qui se distinguent de la masse. Croyez-moi, l’avenir, c’est l’avenir en français.

Dernière modification : 20/05/2015

Haut de page