Discours à l’occasion de la réception des vœux à la Résidence de France (12/01/2015)

Chers Amis,

Ce soir c’est une fête de famille. Donc, je vais bousculer le protocole normalement établi pour l’échange des vœux dans une ambassade. Je dispenserai Bruno de faire le discours de présentation des vœux. Je serai seul à m’exprimer.

2015 commence sous de funestes auspices. Alors que nous étions encore à la joie de la célébration de la nouvelle année, l’effroi nous a saisis. Un attentat inqualifiable nous a plongés dans le deuil et le chagrin : 17 morts.

Mais 2015 suscite aussi l’espoir. Le moment de recueillement inter-religieux que nous avons vécu samedi à Djibouti ou l’impressionnant défilé qui a parcouru les rues de Paris, de nos villes et villages hier, manifestation relayée partout dans le monde, illustrent de façon éclatante notre idéal républicain et notre attachement éperdu à la Liberté, à la liberté de pensée, à la liberté d’opinion, à la liberté de conscience, à la liberté d’expression, toutes libertés incarnées par la presse. Hier « Liberté, égalité, fraternité » était la devise du monde.

Ce patriotisme et cette unité si magnifiquement exprimés, m’ont fait penser à cette phrase qui ouvre les Mémoires de guerre du général de Gaulle, dans laquelle il confie que, toute sa vie, il s’est fait « une certaine idée de la France ». Il poursuit en disant que : « seules de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple (entendez : le peuple français) porte en lui-même. » C’est bien le cas.
La France est toujours regardée, considérée et admirée, elle a une place unique et particulière dans le monde. Comme l’a dit le Premier ministre grec hier : « la France est toujours le phare de la Liberté. » C’est certes pour nous une grande fierté mais c’est aussi une grande responsabilité. Mais qu’importe nous l’assumons : c’est notre devoir.

Cet élan populaire est la plus belle carte de vœux que la France pouvait adresser au monde. Alors que nos larmes sèchent, c’est aussi le message le plus résolu qu’elle pouvait adresser aux terroristes, qu’a résumé, M. Manuel Valls, notre Premier ministre, ce matin : nous sommes en guerre contre le terrorisme, l’Islam intégriste, le djihadisme, l’antisémitisme, contre ceux qui tuent les membres des forces de l’ordre.

Les terroristes doivent savoir que jamais nous ne cèderons face à leur monstruosité. Ils doivent savoir que si l’un de nous tombe, un autre le remplacera. Cette année nous serons tous Charlie.

Nous sommes un Peuple uni, courageux et déterminé. Nous sommes une Nation debout. Même pas peur. Comme le Président de la République nous y a invités dans son message du 31 décembre, soyons fiers d’être Français, dans toutes nos diversités certes, mais de toutes nos forces.

Représentants de la France à l’étranger, il nous revient de porter ce message dans notre action quotidienne.

Chers Amis, voilà presque neuf mois que Pascale et moi sommes arrivés à Djibouti. Vous et nous avons appris à nous connaître. Vous savez mes ressorts et mes réflexes. Vous savez mes exigences. Elles sont simples : c’est le service de la France.

Vous avez constaté les inflexions apportées au fonctionnement de l’ambassade. J’y ai insufflé plus de transversalité, moins de verticalité, plus de participation, sans renoncer à nos responsabilités respectives, ni affaiblir le principe du commandement. J’ai voulu rénover l’allure de la chancellerie et faire plus de place aux nouvelles technologies et à la communication. Nous sommes aussi plus présents.

A la résidence aussi, des changements ont été apportés. Malgré des moyens mesurés, Pascale lui a redonné sa vertu de trait d’union avec succès puisque, depuis notre arrivée, hors 14 juillet, plus de mille personnes y ont été accueillies.

Chers Amis, je vous remercie du travail accompli en 2014. Ensemble nous avons vécu l’épreuve de l’attentat du 24 mai qui m’a replongé dans une ambiance familière. Cette année d’autres épreuves nous attendent. J’espère qu’elles seront moins dramatiques. Mais j’espère qu’elles seront d’une aussi grande intensité.

Nous allons continuer à travailler à resserrer notre relation politique, économique et culturelle avec Djibouti, en portant le message de la France et en faisant, il faut être clair, prévaloir nos intérêts, sans complexe. Nous aurons notamment à soutenir les grandes priorités de notre politique étrangère comme la grande conférence sur le climat qui se tiendra en décembre.

Malgré la menace terroriste qui plane sur nous de façon permanente, je ne doute pas que nous y parvenions. Je fais confiance à votre professionnalisme, à votre sens du service public, à votre dévouement que j’ai mesurés tout au long de 2014. Vous le savez, le service de la France à l’étranger n’a rien de commun avec les fonctions que nous pourrions exercer sur le territoire national. A l’étranger, nous sommes en mission. Notre engagement y prend de multiples formes, pas toujours désagréables du reste, mais il est toujours exigeant. Nous ne devons, vous le savez, ménager, ni notre temps, ni notre énergie, ni notre peine. Mais vous savez aussi que je n’ai pas l’habitude de fuir mes responsabilités ou de me réfugier derrière les troupes.

Au-delà du cercle de la représentation diplomatique, je voudrais saluer tous ceux que Pascale et moi avons voulu associer à ce moment, ceux avec lesquels nous avons des relations étroites, qu’il s’agisse des élus des Français, Messieurs les conseillers consulaires, qu’il s’agisse des forces françaises stationnées à Djibouti, Messieurs les généraux, Messieurs les officiers des FFDj, qu’il s’agisse des autorités spirituelles, Monseigneur, Monsieur le Pasteur, Messieurs les aumôniers, qu’il s’agisse des entreprises et fournisseurs, Messieurs qui nous aidez quand nous appelons au secours. Je salue également la présence de mon collègue, M. Joseph Silva, ambassadeur, chef de la délégation de l’Union européenne.

En conclusion, les événements que nous venons de vivre m’ancrent dans la conviction que nous aurons besoin d’une quantité considérable de vœux. Comme nous ferons grande consommation, il faut en faire grande provision. C’est pourquoi je vous souhaite et vous re-souhaite une excellente, belle et grande année pour vous-mêmes, ceux qui vous entourent et que ceux vous aimez car ils sont des facteurs d’équilibre irremplaçable. Je pense tout particulièrement à nos conjoints que j’associe pleinement à notre mission car ils nous secondent de façon admirable.

Je résumerais et conclurais tout mon propos par un tout simple et peu original : « bonne année » complété d’un « bon anniversaire » à ceux qui sont nés un 12 janvier : bon anniversaire commandant (Christophe Maurin).

Chers Amis, plus que jamais, du fond du cœur et avec toute la force de ma conviction : vive la République, vive le Peuple français, vive la France.

Dernière modification : 20/05/2015

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